Les habitant.e.s de la ferme

La musaraigne

Mais quelle est cette guirlande rigolote de petites souris qui marchent à la queue-leu-leu, celles de derrière tenant la queue de celle de devant dans la bouche pour ne pas se perdre ??
 
Mais oui, bien sûr ! C’est maman Musaraigne qui sort avec ses petits ! Et pour les grandes bébêtes à deux pattes qui les confondraient avec de vulgaires souris  ou je ne sais quel mulot, mettez vos lunettes et voyez ce long nez tout pointu, tout mimi : c’est à cela que l’on reconnaît une Musaraigne !
 
Et donc, voilà maman qui sort sa petite famille. Il  faut se hâter et rester bien à couvert dans les herbes folles ou cachées dans les feuilles mortes, car tout un tas de fâcheux feraient bien de cette compagnie leur casse-croûte du matin : les hiboux, les chats, les belettes et les renards. Quels affreux jojos, vite vite, à l’abri !
 
Pour se repérer, pas de chance, la Musaraigne est myope comme une taupe. Heureusement, dame Nature l’a dotée d’un odorat et d’une ouïe excellentes. Très pratique pour trouver insectes, limaces, araignées et escargots, un sacré festin en perspective !! C’est Sacha qui va être content (vous savez, l’espèce de géant qui est arrivé début 2020 et qui fait pousser des plantes – quelle drôle d’idée !) : lui qui n’aime pas trop les limaces et qui trouve toujours qu’il y en a beaucoup trop, hop, quand maman Musaraigne en croque une, il est content – il est pas compliqué non ? Bon, soyez sympa, ne lui dites pas que la Musaraigne raffole des vers de terre, ce sont ses chouchous – c’est pas juste, pourquoi eux ??
 
Plus fort : la Musaraigne est capable d’écholocalisation pour s’orienter à courte distance. Comme les chauve-souris, avouez que ça vous en bouche un coin !! Alors, oui,  je sais, vous allez encore vous emmêler les pinceaux avec toutes ces histoires de souris, en plus y en a des chauves maintenant. Mais là, on parle de la Musaraigne, suivez un peu, celle au museau tout pointu et qui ne vole pas!
 
Mais cette petite bébête tout riquiqui a un grooooos souci, pire que les renards, les matous et les hiboux : elle doit manger toutes les 2 à 3 heures. Cette vorace mange chaque jour 2 à 3 fois son poids ! Essayez un peu de calculer ce que ça ferait pour vous… Ca vous en ferait des vers de terre à manger, hein ? Sûr que vous en auriez ras la casquette vous aussi, c’est bon mais quand même… Lla Musaraigne passe donc son temps à farfouiller pour trouver sa pitance. Quelques heures de diète suffisent d’ailleurs à la mettre en danger de mort. Quelle tristesse, moi, ça me fait pleurer comme une madeleine, pas vous ?? Alors, OK, le coup du ver de terre qui se fait croquer quand elle en trouve un, bon… ça se comprend, non ?
 
Et le pire, c’est l’hiver : la bise  venue, pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau !! Et comme  son corps est trop petit pour accumuler une quantité suffisante de graisses, la Musaraigne n’hiverne pas. Non non, elle, la maline, elle fait des trucs vraiment bizarre, vous n’allez pas en croire vos oreilles :  son crâne se rétrécit de près de 20 % et son cerveau se réduit de 30 % , ses autres organes perdent également de la masse, sa colonne vertébrale se raccourcit et sa masse corporelle totale diminue donc d’environ 18 %. Sacré régime non ?? Déjà qu’elle était toute fluette, genre petit gabarit… Tout cela réduit considérablement ses besoins alimentaires et augmente ses chances de survie en hiver. Et évidemment, lorsque les températures commencent à augmenter avec l’arrivée du printemps, son corps commence à reconstruire les os et les tissus perdus. Histoire de retrouver une belle silhouette pour frimer et trouver l’âme soeur une fois les beaux jours revenus et que l’on peut aller faire bronzette dehors. Eh oh, faites pas semblant, vous faites pareil, on vous a vus !
 
A la belle saison, elle reprend donc sa petite vie hyperactive. Mais elle ne vivra pas beaucoup plus longtemps : son espérance de vie dans la nature est de 18 mois maximum, si bien qu’elle meurt en général à l’automne de sa seconde année, probablement en raison de l’usure de ses dents et de la concurrence des plus jeunes. Pas de dentiste, pas de système de retraite chez les musaraignes, snif… Heureusement, la petite guirlande de bébés musaraignes que nous avions vue tout à l’heure va prendre la relève… Sus aux limaces !!!