Les habitant.e.s de la ferme

Le cloporte

Travailleur de l’ombre, besogneux et discret… C’est le Cloporte !

Sans lui, pas de fleurs, pas d’arbres, pas de plantes… Et pourtant, tout le monde se moque de lui, c’est le vilain petit canard du jardin, quelle injustice !

Car en fait… non seulement il ne cause aucun dégât, mais c’est même tout le contraire : comme le Cloporte se nourrit principalement de matières en décomposition comme les feuilles, le bois mort, il est un des premiers maillons de la fertilité et du renouvellement des sols ; il est au tout début du processus de compostage ! Sa microflore intestinale dégrade la cellulose des parois végétales, prémachant le travail de la microfaune du sol qui va poursuivre le travail de décomposition. Heureusement qu’il est là, sinon les branches, les feuilles mortes etc etc s’empileraient année après année sur la surface terrestre. Vous imaginez un peu, nous serions ensevelis sous toute cette matière qui ne se décomposerait pas !!  

Certains l’ont bien compris : les Américains. Toujours en avance sur nous, eux : ils sont allés sur la Lune, ils veulent aller sur Mars, et après ce sera Jupiter… Eh bien là-bas (aux Etats-Unis, pas sur Jupiter), les cloportes sont gardés comme animaux de compagnie dans certaines régions (oui, bon, pas partout, ce n’est pas non plus tout à fait LE truc à la mode, n’exagérons rien). Faut dire qu’avec leur aspect insolite et leur façon rigolote de se rouler en boule, ça se comprend. Alors, ras le bol des tamagoshis ? Vous voulez faire plaisir à vos enfants qui veulent un p’tit chat, mais y a pas la place chez vous ? Offrez leur des cloportes dans un récipient humide et lumineux, ils vont sauter de joie !! Si si, essayez, vous verrez.

Vous pourrez même leur expliquer que maman Cloporte a un point commun avec le kangourou : elle incube ses oeufs  dans sa poche ventrale, le marsupium, située entre ses pattes ; cette poche est baignée de liquide pour éviter que les oeufs ne se dessèchent. Et dans les semaines qui suivent l’éclosion, les bébés cloportes  restent dans le marsupium avant de sortir découvrir le vaste monde… comme leur (très très très) lointain cousin le bébé kangourou. C’est quand même dingue ce que la Nature a pu inventer, non ?

Vous pourrez même vous vanter auprès de vos amis d’élever des crustacés chez vous. La frime totale ! Avec l’avantage que ça prend beaucoup moins de place que les homards et les langoustines. Car oui, le Cloporte est un crustacé, le seul qui vive sur la terre ferme d’ailleurs ! Regardez sa carapace : articulée, elle est pliable à volonté. Comme les homards on vous dit !! Beaucoup moins facile à décortiquer, c’est vrai, faut y aller à la pince à épiler et là il n’y a franchement rien à manger dans les pattes. Y en a qu’ont essayé, ils ont eu des problèmes (les Américains, à tous les coups).

Cette fameuse carapace justement : le Cloporte s’en sert pour se rouler en boule dès qu’il se sent en danger. Car il y en a qui ont bien compris que c’est un mets de choix, à la chair fine et délicate : les musaraignes, les hérissons, les souris, les grenouilles, les serpents et les oiseaux ne font pas la fine bouche comme nous ! Et pour ces voraces, sa carapace apporte  un petit croquant très agréable en bouche. Essayez à l’apéro, vous verrez, vous arrêterez les chips. Evitez juste de dévorer les cloportes de vos enfants, vous allez les traumatiser.

Heureusement, le Cloporte ne croise pas tous les jours une musaraigne ou un hérisson. Alors, comme il grandit, il finit par se sentir à l’étroit dans sa carapace et il doit muer. Houlala, c’est compliqué, si vous saviez, impossible de tout enlever d’un coup ! Non non, le Cloporte doit muer en deux temps : d’abord la moitié arrière. Un peu de repos, une bonne journée en fait pour se remettre de l’effort, et ensuite c’est le moment d’enlever la partie avant. Quelle histoire !

Alors, oui, vive le Cloporte, petit cousin du kangourou et du homard ; aidons-le, accueillons-le dans nos jardins ! Et c’est tellement simple : il affectionne les lieux humides à l’abri de la lumière, laissons-lui des tas de feuilles ou de pierres, des branches et des morceaux d’écorce : il se fera un plaisir de s’agglutiner dessous en bande, pour le plus grand bien du sol !